Une histoire de Shalom - Journée mondiale de prière de Wycliffe 2020

Histoire d'un commerçant

D'un côté d'une pièce poussiéreuse et faiblement éclairée, il y a une cuisine : des bouteilles d'eau, des bouilloires et quelques légumes posés sur le comptoir. Un petit garçon traîne sa bouteille d'eau, qui fait presque sa taille, à travers la pièce. Le soleil vient de passer derrière les nuages et on dirait qu'il pleut. Une vieille femme est assise sur une petite boîte en bois à côté de la porte du balcon, appuyée contre le mur vert vif de la pièce. Elle porte un beau tablier et une robe faits main, et est pieds nus. Parfois, elle se lève et aide son petit-fils. L'époux de la femme est assis en tailleur sur un grand canapé qui occupe deux des murs. Il était directeur d'école ; la femme a une petite boutique en bas depuis qu'ils ont quitté les montagnes pour s'installer en ville. En riant un peu, elle dit que lorsque la route s'améliorera, ils retourneront au village. Elle dégage un tel calme et une telle sérénité que l'on rencontre rarement dans ma propre société occidentale trépidante.

Les nuages s'assombrissent et le tonnerre gronde au-dessus de la maison. La commerçante me raconte son histoire. Sa fille m'apporte une tasse de thé chaud.

Le couple vient d'un petit village dans les montagnes. Le mari a grandi dans une famille très pauvre. Ils se sont mariés et ont eu cinq enfants - deux d'entre eux sont morts en bas âge. À l'âge de quatre ans, l'un des enfants a commencé à avoir des problèmes oculaires. "La seule option pour notre peuple, quand quelque chose de mal arrive, c'est de faire des sacrifices", dit la femme. Un poulet, un agneau, une vache - quelque chose pour apaiser les esprits. Les sacrifices ont été faits, mais l'enfant est quand même devenu aveugle.

"J'étais très triste. Rien ne m'apaisait", me dit-elle à voix basse. Elle était comme n'importe quelle autre jeune mère avec beaucoup de difficultés. "Ma propre religion ne m'a pas donné d'espoir, alors j'ai été chercher du réconfort ailleurs. C'est Jomi qui m'a dit que servir de faux dieux n'avait aucun sens et que seul le Dieu vivant pouvait m'aider", dit la femme. À l'époque, dans un village voisin, il y avait deux traducteurs de la Bible : l'homme local Jomi et un Finlandais appelé Olavi. Ces deux hommes ont expliqué l'évangile à la mère en deuil, et celle-ci a à son tour partagé l'évangile avec ses amis alors qu'elle apprenait à mieux connaître Jésus. "Je voulais suivre ce Dieu", proclame-t-elle. Elle a ensuite rejoint un groupe d'étude biblique dirigé par les deux hommes.

Suivre Jésus n'a pas été une décision facile à prendre pour elle. Elle a été rejetée par les autres villageois. Son mari est le seul à ne pas l'avoir quittée. "J'étais très seule", dit-elle. "Le chef religieux local me persécutait et les gens essayaient de me forcer à quitter le village." Pendant ce temps, son père est décédé, mais elle n'a pas pu assister aux funérailles à cause de son frère. Il l'a frappée et n'a pas voulu qu'elle y assiste.

Cependant, ces situations difficiles n'ont fait que renforcer sa foi.

"Je dépendais de Dieu, quoi qu'il arrive. Je sentais que j'avais entendu l'appel de Dieu. C'est pourquoi j'étais si forte", dit-elle en souriant. Plus tard, d'autres personnes ont également fait confiance à Jésus, y compris son mari, et une église familiale a été créée dans le village. On leur reprochait tous les défis que les villageois devaient relever parce qu'ils ne participaient plus aux rituels bouddhistes. Cependant, de plus en plus de personnes ont commencé à suivre Jésus dans la nouvelle église, qui est appelée "salut" dans leur langue. Ils ont commencé à se réunir régulièrement et personne, pas même le chef religieux, n'a pu faire quoi que ce soit contre eux.

Ces années difficiles ont laissé des traces, mais on peut ressentir un véritable bonheur et une véritable paix dans la maison du commerçant. Tout le monde - y compris le mari et tous les enfants de la famille - suit maintenant le Christ. "Si je n'avais pas eu confiance en Jésus et si je n'avais pas été forte dans ma foi, je doute qu'il y ait une église dans mon village natal et que ma famille aurait trouvé Jésus", dit-elle, "maintenant je suis heureuse. J'ai cette lumière intérieure et cet espoir. La vie éternelle m'attend et je pourrai en profiter avec ma famille". Les difficultés semblent être des choses mineures par rapport à cela.

Cette lumière intérieure semble éclairer la pièce poussiéreuse. L'espoir est arrivé et a remplacé le désespoir.

Texte: Milka Myllynen, Wycliffe Finland

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01/2024 Amériques

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11/2023 Afrique

Comment CABTAL a achevé neuf Nouveaux Testaments dans des régions déchirées par la violence

Le travail de traduction a failli cesser dans certaines parties du Cameroun, à cause d'une crise sociopolitique qui a tué environ 6 000 personnes depuis 2017. Mais, même pendant qu'ils fuyaient pour sauver leur vie, les traducteurs ont continué à rédiger les Saintes Écritures dans leur langue. Isaac Genna Forchie, membre du personnel de CABTAL et natif de la région de Bamenda dans le nord-ouest du Cameroun, s'est rendu dans certaines des régions affectées pour recueillir des récits de première main des équipes de traduction. Jesse Ganglah « Nous étions en train d'enregistrer le récit de Pâques en langue Lus, quand nous avons entendu que les soldats arrivaient », se souvient Jesse Ganglah, facilitateur de cluster travaillant avec l'Association Camerounaise pour la Traduction de la Bible et l'Alphabétisation (CABTAL). « À ce moment-là, tout le monde fuyait le village parce que des soldats en colère n'avaient pas le temps de faire la différence entre les séparatistes et les civils. » « Tout le monde courait le risque d'être abattu. J'ai vu des gens avec leur matelas, leur natte, leurs affaires et des enfants s'enfuir dans la brousse et traverser vers le Nigeria. Ils ont oublié leur ordinateur, mais un traducteur brava le danger pour retourner le chercher. » C'est un des nombreux récits qui racontent comment les traducteurs de la Bible dans le Cameroun anglophone du nord-ouest et sud-ouest ont géré une crise sociopolitique violente qui a presque fait cesser le travail de traduction. Contre toute attente, ils ont achevé neuf Nouveaux Testaments au cours des deux dernières années. Au sujet de la violence Les troubles civils actuels ont commencé quand les avocats et les professeurs anglophones ont abandonné leurs outils en octobre 2016, protestant contre ce qu'ils appellent « une tentative délibérée » du gouvernement central d'éradiquer deux de leurs valeurs culturelles fondamentales : le droit coutumier anglais et le sous-système éducatif anglo-saxon. Le gouvernement a riposté par une répression violente de la dissidence. Cela a causé une intensification des tensions et plus d'affrontements alors qu'un mouvement séparatiste a vu le jour. La situation a dégénéré en conflit armé qui persiste encore, qui a causé la mort de 6 000 personnes environ et déplacé plus de 765 000 autres. 70 000 d'entre elles étaient des réfugiés dans le Nigeria voisin, parmi lesquels des traducteurs qui ont fui avec leur ordinateur. Certains ont été confrontés, en plus, à la menace de Boko Haram. Un des projets qui s'est trouvé confronté à la crise était le ngwo, langue parlée dans le nord-ouest du Cameroun. « Parce qu'on n'a pas terminé notre tâche un jour en 2017, on a décidé d'emmener notre ordinateur à la maison », se souvient Siphra Nde. Cela a été la raison pour laquelle leur ordinateur a été préservé. « Comme on partait, toute la place du marché, y compris le bureau du projet, a été mise à feu. » « C'était le dernier jour que nous utilisions le bureau », dit-elle. Alors que d'autres ont fui dans la nature pour leur sécurité, c'était encore plus difficile pour Nde, 54 ans, qui vivait avec ses enfants et ses parents âgés. Le lendemain, ils ont marché à travers la brousse vers un lieu proche de la capitale régionale de Bamenda. « Nous avons imploré CABTAL et ils ont envoyé une voiture qui nous a transportés en sécurité à Bamenda », dit Nde. « Nous avons marché plus de dix heures. Nous sommes arrivés à Bamenda avec le choc d'être confrontés à un autre défi : nulle part où dormir. » Son cousin l'a hébergée pendant deux semaines avant qu'elle ne loue une petite chambre où elle, les enfants et ses parents âgés ont vécu pendant plusieurs années. Siphra Nde Le travail en pleine fusillade Sous la menace d'une arme, d'autres tels que Protus Effange ont dû prouver qu'ils étaient seulement des traducteurs de la Bible et pas des espions. « Êtes-vous sûrs que vous faites l'œuvre de Dieu ? », demandèrent les tireurs au traducteur de bakwere. « Le quartier de notre bureau près de Muea est devenu un champ de bataille pour les séparatistes et les soldats », dit Effrange. Les activités d'alphabétisation et d'engagement des Saintes Écritures touchèrent presque à leur fin. « Je me souviens qu'une fois nous avions un certain atelier », dit Effrange. « Nous nous étions réunis et avions prié, et nous étions sur le point de commencer et nous avons entendu des coups de feu assourdissants qui nous ont dispersés. »  Protus Effange  Privés de la Parole de Dieu Étant donné que la traduction de la Bible est une tâche complexe et difficile qui demande du dévouement, de l'expertise et de la collaboration, des crises comme celles-ci dans le monde posent une menace grave. La violence, le déplacement, l'insécurité, le manque de ressources et de communication peuvent retarder, interrompre ou annuler des projets. Cela a privé des millions de personnes de l'accès à la Parole de Dieu dans leur propre langue. En 2020, environ 30 projets de traduction ont été interrompus dans le Nigeria voisin à cause du terrorisme. Ailleurs, la guerre entre l'Ukraine et la Russie continue de poser un grand danger à la traduction dans les anciens pays soviétiques.  De nouveaux défis suscitent l'innovation Des défis similaires ont provoqué le même effet au Cameroun, mais cela a poussé CABTAL à réfléchir en dehors du cadre.  « Avant la crise, les traducteurs étaient capables de voyager librement entre les communautés pour rédiger les Saintes Écritures sans peur, les agents d'alphabétisation circulaient facilement, et les consultants pouvaient se rendre dans les communautés. Mais tout a changé soudainement », dit Emmanuel Keyeh, Directeur général de CABTAL. « Il est devenu difficile pour les gens de même se réunir en un même lieu. » Cela a causé de l'incertitude. Mais, on a évité le pire comme CABTAL a aidé les traducteurs qui ont fui avec leur ordinateur et leur brouillon vers des régions plus sûres et vers le Nigeria voisin. « Nous avons déménagé certains vers des régions où ils pouvaient avoir accès à des consultants en traduction », dit Keyeh. L'accès aux besoins de base est devenu un défi. « CABTAL nous a donné quelques sacs de riz et de l'argent en plus pour notre entretien », dit Siphra Nde. Elle pouvait alors continuer à rédiger le Nouveau Testament en ngwo. Les activités d'alphabétisation, avant traditionnelles, ont pris une nouvelle forme. « Nous encourageons les communautés à participer à l'alphabétisation urbaine et numérique », dit Keyeh. Quand les écoles furent fermées, les professeurs d'alphabétisation en ngwo ont suivi les apprenants dans les églises et dans leurs cachettes, où l'enseignement et l'apprentissage continuaient. Dr Emmanuel Keyeh Lufang Des fruits qui donnent espoir À l'instar des équipes de ngwo et de bakwere, les langues mankon, ngie, moghamo, essimbi, mmen, esu et weh ont eu leur expérience unique. Mais, leur grand espoir est dans le Nouveau Testament récemment terminé dans ces langues, qui a été mis en page et envoyé à l'impression. Les communautés collectent maintenant des fonds et mobilisent pour l'engagement. Avant sa mort l'an dernier, leur vénéré dirigeant traditionnel mankon, Fon Angwafo III, reçu la copie des traducteurs avec joie. « Il le présenta aux pasteurs et nous donna un lopin de terre pour construire un centre d'alphabétisation où nous pourrions aussi traduire l'Ancien Testament », dit Margaret Ndenge, traductrice mankon. L'équipe bakwere espère obtenir un impact formidable. Un des traducteurs se souvient comment ils ont rendu visite à un gardien de leur langue âgé. « Il était aussi malade, mais nous voulions qu'il écoute et qu'il confirme le naturel d'une portion des Saintes Écritures que nous avions traduit », dit Protus Effange. Le gardien invita tous ses enfants et petits-enfants à la session. « Tandis que je lisais, j'ai vu des larmes couler de ses yeux. Je me suis arrêté et lui ai demandé si les douleurs s'aggravaient. Il répondit : "Vous lisez dans mon cœur". » L'homme qui ne pouvait pas se tenir droit, se leva soudainement et alla accompagner les traducteurs quand ils repartaient. Effange attend avec impatience l'impact que le Nouveau Testament en entier devrait avoir sur sa communauté. Une première date d'inauguration a été choisie, mais a été plus tard repoussée parce que leur Nouveau Testament n'est pas arrivé comme initialement prévu. « Il nous semble étrange que, même avec la situation sociopolitique, la productivité a assez augmenté », dit Keyeh, Directeur général de CABTAL. Il ajoute que l'innovation a donné l'opportunité aux gens de la diaspora d'apprendre à lire et à écrire leur langue, que ce soit virtuellement ou en personne. « Les défis se sont présentés, mais avec les ajustements, nous voyons des résultats assez exceptionnels de ce que Dieu fait dans ces communautés. » L'équipe mfumte a continué à traduire leur Nouveau Testament dans ce bâtiment gracieusement donné par une église dans le Magba voisin. ••• Légende des photos : (Crédits photographiques : Isaac Genna Forchie) Les organisations de l'Alliance peuvent télécharger et utiliser les images de cet article.


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