Repenser le conseil : La pandémie accélère la vérification virtuelle

Par Grace Chou /

Vue sur Honiara depuis le Parlement. Photo : Elyse Patten

Les restrictions sur les voyages pendant la pandémie ont conduit à une bénédiction inattendue. Le projet de traduction de la Bible bilua aux Îles Salomon a effectué une vérification virtuelle avec des consultants internationaux – qu’ils n’auraient pas pu se permettre d’amener sur place pour un travail en face à face.

Dans la labeur de traduction de la Bible, la vérification par un consultant est la dernière étape avant la publication de la traduction. Mais il n’y a pas suffisament de consultants pour effectuer les vérifications par des consultants.

Au cours des deux derniéres années, l’équipe de leadership de l’Alliance Mondiale Wycliffe de la zone Asie-Pacifique a mené une étude pour savoir combien de projets de traduction dans la région avaient besoin de vérifications par un consultant et connaître la charge de travail des consultants actuels. Cette étude s’inscrivait dans le cadre des efforts visant à encourager un plus grand partage des ressources de consultants entre les organisations de l’Alliance en Asie-Pacifique. L’idée est de permettre aux organisations disposant de plus de ressources de consultants d’aider les projets de traduction qui en ont besoin.

Changements suscités par la pandémie

Lorsque la pandémie a éclaté, l’équipe de traduction de l’Ancien Testament pour le peuple bilua dans les Îles Salomon a cherché une solution du conseil pour continuer à faire avancer le travail. L’équipe de leadership de l’Alliance Asie-Pacifique a suggéré d’essayer un nouveau modèle et d’invité différentes entités de la région Asie-Pacifique à participer aux vérifications communautaires de l’Ancien Testament bilua (Kings). Les trois consultants qui ont participé au projet venaient d’Australie, de Singapour et de Taïwan. La consultante en traduction australienne, Debbie Conwell, qui travaille depuis longtemps aux Îles Salomon, a fait office de pont interculturel, reliant l’équipe bilua avec les consultants externes. Le consultant en ressources singapourien  » Shan  » (pseudonyme) était le conseiller. Et la consultante en traduction taïwanaise c’était moi, Grace Chou, qui supervisait la vérification par les consultants de l’Ancien Testament bilua. L’équipe de traduction bilua comprenait le traducteur Jonah Onama et un pasteur.

Un garçon pagaie dans un canoë sur la rivière qui traverse la ville capitale, Honiara des Îles Salomon. Photo : Elyse Patten

La population bilua compte environ 5 000 habitants. Il y a quelques décennies, les traducteurs de la Bible de Wycliffe ont traduit le Nouveau Testament en bilua. Par la suite, l’Église bilua a nommé des traducteurs pour l’Ancien Testament. Il y a cinq ans, le premier traducteur est décédé et son frère cadet, Jonah, a poursuivi la labeur. La traduction de l’Ancien Testament bilua a en effet été rédigée. Cependant, elle n’a pas été publiée en raison du manque de financement pour les vérifications par des consultants. De manière inattendue, la pandémie a rendu la vérification par des consultants en ligne à la fois possible et acceptable, et les coûts inférieurs ont permis aux plans de publication d’aller de l’avant.

Historiquement, les groups de traduction de la Bible aux Îles Salomon ont compté sur le soutien financier et les ressources d’organisations internationales. Debbie a souligné que les efforts de traduction de la Bible dans les Îles Salomon sont dirigés par l’Église locale. Cependant, comme ils manquent de fonds, pouvoir terminer et publier leur traduction est une surprise. En Conséquence, elle est submergée par la gratitude chaque fois qu’elle mentionne comment la pandémie a ironiquement permis aux versions préliminaires terminées d’être vérifiées par un consultant.

mifala no lookim yu

(Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir du coin supérieur gauche) Debbie Conwell, Grace Chou, Jonah Onama (à droite) et le pasteur, et Shan travaillent ensemble lors d’une session de vérification sur Zoom.

Les îles où le peuple bilua vit n’ont ni électricité ni accès à Internet. Jonah et le pasteur assistant doivent faire un trajet de deux jours jusqu’au bureau de traduction dans la capitale des Îles Salomon, Honiara, afin de se connecter pour les vérifications par les consultants en ligne. Il y avait une certaine inquiétude au sujet de deux personnes bilua, nouvelles dans les réunions en ligne, effectuant des vérifications avec des consultants qu’elles ne connaissaient pas. Cependant, avec beaucoup de prières et des interactions régulières avec les consultants, les membres de l’équipe bilua sont devenus de plus en plus à l’aise pour exprimer leurs points de vue, permettant aux vérifications des consultants de progresser en douceur.

Même si l’équipe vérifiait le texte bilua, les langues utilisées pour la communication entre les membres de l’équipe sont l’anglais et le pidgin, la langue vernaculaire utilisée dans les Îles Salomon. Je ne comprends pas pidgin et j’ai dû compter sur Debbie pour la traduction. Cependant, depuis, j’ai appris une phrase en pidgin ! L’ordinateur utilisé par les membres de l’équipe bilua entrait souvent en mode veille, ce qui signifiait que nous ne pouvions plus les voir sur la vidéo. Chaque fois que cela se produisait, Debbie disait mifala no lookim yu, ce qui signifie  » nous ne vous voyons pas « . Jonah activait alors son ordinateur pour que nous puissions les voir. Après avoir entendu cette phrase pendant quelques jours, un jour quand l’ordinateur est à nouveau entré en mode veille, j’ai dit “ mifala no lookim yu ”. J’avais à peine terminé la phrase lorsqu’on pouvait entendre des rires venant des membres de l’équipe bilua et ils pouvaient être vu de nouveau assez vite. Je suppose que ma prononciation n’était pas trop précise et ils ont trouvé ça drôle.

Apprendre à travers le processus

Une femme vend de la laitue au marché central de Honiara. Photo : Elyse Patten

Shan, le consultant de Singapour, a des décennies d’expérience dans la réalisation de vérifications de traduction de la Bible. Le résultat de la vérification bilua par le consultant serait certainement beaucoup mieux si elle le gérait. Cependant, pour me donner une opportunité d’évolutionner, elle m’a permis d’essayer et m’a donné beaucoup d’encouragement et de conseils en cours de route. Avant que nous ayons commencé les vérifications par les consultants, j’étais inquiet à l’idée de les gâcher. Shan m’a dit : « Ne vous inquiétez pas ! Dieu veillera sur sa propre Parole. » En effet, j’ai souvent senti le Saint-Esprit ouvrir nos yeux et nous amener à prendre note de points importants qui requéraient des changements tout au long du processus de vérification. En même temps, Shan m’a souvent rappelé : « Même si j’ai quelques décennies d’expérience en consultation, j’aborde chaque vérification avec crainte et tremblement, parce que nous traitons la Parole de Dieu. Je pense que la bonne approche est l’humble confiance en Dieu.»

Normes élevées

La vérification par des consultants pour la traduction bilua de Kings n’est qu’une petite étape dans les plans de l’Alliance pour les vérifications de traduction. Faire des vérifications en ligne réduit considérablement les coûts et permet la participation de plus de consultants dans plus d’endroits – élevant ainsi les normes des vérifications. Basé sur l’expérience acquise avec la traduction bilua, le département des programmes de services linguistiques d’Asie-Pacifique a mis en place des principes directeurs et des politiques pour aider les efforts futurs de coopération en matière de vérification par des consultants dans la région Asie-Pacifique.

Un jeune garçon des Îles Salomon. Photo : Marc Ewell

Même si cela fait longtemps que la traduction de l’Ancien Testament bilua a été rédigée, seulement 5% du document a été vérifié par un consultant jusqu’à présent. Les organisations de l’Alliance qui ont participé à ce cycle de coopération sont heureuses de continuer à aider pour la traduction bilua, bien que le projet ait encore besoin de la participation de nombreux consultants. Nous espérons que la vérification par des consultants de la traduction de l’Ancien Testament bilua pourra être terminée dans les prochaines années afin qu’elle puisse être publiée officiellement.

Les pays dans l’Asie-Pacifique, tels que les Îles Salomon, l’Inde et l’Indonésie ont encore de nombreuses ébauches de traductions de l’Ancien Testament en attente de vérification par un consultant. L’Alliance attend avec intérêt à d’autres efforts de coopération de ce type pour faire publier les traductions de la Bible afin qu’elles puissent être utilisées dans les Églises locales.

 

Les organisations de l’Alliance peuvent télécharger les images de cette histoire.

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